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mercredi 28 octobre 2009

Lecture : Intouchable, une famille de parias dans l'Inde contemporaine par Narendra Jadhav

Intouchable, une famille de parias dans l'Inde contemporaine
par Narendra Jadhav (Auteur)
Broché: 380 pages
Editeur : Fayard (15 octobre 2002)
Collection : Litterature Etranger
Langue : Français
ISBN-10: 2213613036
ISBN-13: 978-2213613031
Prix conseillé : EUR 22,00 (existe à EUR 9,20 chez Pluriel)
L'auteur (présentation de l'éditeur) :
Narendra Jadhav, économiste de formation, a longtemps travaillé comme cadre dirigeant au FMI. Il est actuellement haut fonctionnaire au ministère des Finances du gouvernement indien. La famille d'intouchables dont il est ici question, c'est donc la sienne.
Le livre
  • Présentation de l'éditeur
Ce récit, fondé sur une exceptionnelle documentation familiale, raconte une histoire vraie, celle d'une famille d'intouchables vivant dans l'ouest de l'Inde au XXe siècle.
Un jour de 1927, Damu, le père de l'auteur, refusant de subir une humiliation de plus, se révolte et, la nuit tombée, quitte le village en compagnie de sa femme Sonu... Commence alors une aventure qui conduit le couple à vivre les situations les plus extrêmes, celles de l'intouchabilité au jour le jour ici et là dans le pays, et à Bombay notamment - misère, violence, mépris -, puis à rejoindre le mouvement de lutte pour l'émancipation dirigé à l'époque par un intouchable formé aux États-Unis, fils des Lumières, le fameux Babasahed Ambedkar, le grand rival de Gandhi dans les années 1930, l'homme qui rendit leur dignité aux misérables. Ce combat est loin d'être achevé aujourd'hui, car si le système des castes a été officiellement aboli en 1950, il continue à prospérer et à régenter la vie des Indiens sous des formes plus ou moins insidieuses, tant en ville qu'à la campagne. Ce dont témoigne aussi cette histoire bouleversante.
Lors de sa divulgation en Inde il y a deux ans, ce récit d'aventures a été fêté comme un événement.
  • Fiche de lecture
Ce témoignage est de "seconde main", puisque c'est le fils du protagoniste principal qui raconte. Il ne présente donc pas la verdeur du récit de Viramma. Cependant il développe un aspect différent et très intéressant : celui d'un homme qui est devenu militant et qui a suivit l'action de Babasaheb Ambedkar. Il montre en quoi le fait d'avoir suivi les préceptes du Dr Ambedkar a été déterminant pour l'ascension sociale de cette famille dont le fils narrateur est devenu cadre dirigeant au FMI et haut fonctionnaire au ministère des Finances du gouvernement indien. Il décrit aussi de l'intérieur de la famille ce cheminement vers l'émancipation individuelle et culturelle qui passe par une conversion de la famille au bouddhisme.

mardi 14 juillet 2009

Lecture : IMJI GETSUL - An English Buddhist in Rizong Monastery

IMJI GETSUL - An English Buddhist in Rizong Monastery
par Lobzang Jivaka (voir plus bas plus d'informations sur l'auteur)
Broché: 201 pages
Editeur : Inconnu
Langue : Anglais
ISBN-10: sans
ISBN-13: sans
Prix conseillé : Epuisé, peut se trouver d'occasion sur Internet, neuf à Leh et au monastère de Rizong

L'auteur :
Lobzang Jivaka est un pseudonyme présenté de la façon suivante sur la 4ème de couverture : Lobzang Jivaka a rejeté la plupart des valeurs courantes de la vie occidentale, pour rechercher la vérité ; et il l'a trouvée dans coin obscur du monde. Voir plus bas plus d'autres précisions sur l'auteur.

Le livre :
  • Présentation de l'éditeur (traduction "Approcher l'Inde") :
Voici la vie quotidienne d'un monastère très éloigné sur la frontière Tibétaine. L'auteur était un novice là-bas; parlant la langue, et expérimentant l'inconfort et les coups durs et la beauté de cette vie. Lobzang Jivaka a rejeté la plupart des valeurs courantes de la vie occidentale, pour rechercher la vérité ; et il l'a trouvée dans coin obscur du monde. C'est un travail fascinant sur le voyage et un livre qui fait autorité sur la religion. Il s'agit du compte rendu par un anglais de la vie au Gompa de Rizong au Ladakh, qu'il en vint à aimer autant qu'il avait aimé Oxford.
  • Fiche de lecture
J'ai acheté ce livre lors de ma visite au monastère de Rizong, au Ladakh, en juillet 2008. Il s'agit manifestement d'un reprint, sans nom d'éditeur, sans ISBN, sans date d'impression... On trouve ce livre également dans les librairies de Leh.

Le livre raconte l'expérience d'un anglais, médecin, qui s'est converti au Bouddhisme et a réussi à entrer dans le monastère de Rizong comme getsul, c'est à dire novice, postulant au statut de gelong (moine ordonné). On est à la fin des années 50.

L'auteur tient un journal qui lui permet d'être très précis dans ses souvenirs. Il raconte la vie au monastère, la rudesse du travail et du climat, les déplacements pour se rendre à des fêtes dans d'autres monastères du Ladakh, les pūjā (rituels bouddhistes), ses conversations avec ses compagnons. Il y a notamment une belle anecdote concernant une étoile mobile qui suscite la controverse. L'auteur ne comprendra que plus tard qu'il s'agissait d'un des premiers satellites, russe ou américain.

J'ai particulièrement aimé les descriptions de paysages (les déplacements se faisaient souvent à pied) et j'ai notamment retrouvé la description de la forêt d'abricotiers qui borde le monastère en contre bas, vers la nonnerie de Chulichen ou Cullican (qui existait déjà à l'époque). Ces abricots sont excellents (et justement à maturité en juillet).

Ce livre est très intéressant pour comprendre (à travers le regard d'un occidental converti au bouddhisme) la vie dans ces monastères tibétains du Ladakh. Rien n'a vraiment changé depuis les années 50, si ce n'est sans doute une plus grande facilité dans les déplacements (notamment en raison de la stabilité politique) et l'arrivée du téléphone et d'Internet. Pour le reste, l'essentiel du quotidien est le même.

Autres précisions sur l'auteur :

Après avoir lu ce livre, j'ai eu la curiosité de savoir ce qu'était devenu Lobzang Jivaka, s'il avait publié d'autres ouvrages. J'ai vite compris qu'il s'agissait d'un pseudonyme. Lobzang Jivaka est en fait Michael Dillon (01/05/1915 – 15/05/1962), né(e)... Laura Maude Dillon. Il s'agit du premier transsexuel femme - homme opéré connu. Michael Dillon n'est resté que trois mois à Rizong. Comme il le raconte dans son livre, il a dû quitter le Ladakh pour des raisons administratives (son visa ne lui avait été accordé que pour quelques semaines seulement). Il n'est jamais rentré en Europe, il est décédé d'une maladie non identifiée au printemps 1962 à Dalhousie (Himachal Pradesh), à 120 km de Dharamsala.

lundi 13 juillet 2009

Lecture : Viramma, Une vie paria, le rire des asservis

Viramma, Une vie paria, le rire des asservis - Pays tamoul, Inde du Sud
par Viramma, Josiane et Jean-Luc Racine
Editeur : Plon - France Loisirs 1995
Collection : Terre Humaine
Langue : Français
Broché : 626 pages
ISBN-10 : 2744292596
ISBN-13 :
Prix conseillé : épuisé (en juillet 2009), mais trouvable facilement d'occasion sur Internet, existe aussi chez Pocket (épuisé également)

Les auteurs (présentations de l'éditeur) : Viramma, ouvrière agricole asservie à une famille possédante du village de Karani, près de Pondichéry, est aussi sage-femme dans son quartier paria, et chanteuse.
Josiane Racine, Tamoule de Pondichéry, poursuit auprès de l'Ecole pratique des hautes études, à Paris, ses recherches sur la culture populaire en Inde du Sud, dont une forme d'expression, vivante mais menacée, demeure celle de l'oralité : contes, récits, ballades et chants.
Jean-Luc Racine, son mari, directeur de recherche au CNRS, conduit au Centre d'étude de l'Inde de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, comme dans la revue Hérodote, des travaux portant sur les dynamiques sociales, économiques et géopolitiques de l'Inde contemporaine. Il a publié Calcutta. La ville, sa crise (1986), Tiers Mondes, figures d'incertitude (1990), l'Inde et la question nationale (1993), Les Attaches de l'homme (1994).

Le livre :
  • Présentation de l'éditeur
A l'ombre de la société indienne vivent ceux qu'on appelait jadis les Intouchables, ceux que Gandhi désignait comme fils de Dieu, ceux qui, aujourdhui, se définissent de plus en plus comme dalit, les écrasés, les opprimés. Dans la région de Pondichéry, on les appelle paraiyar, un nom que les voygeurs européens ont transformé en paria.
Livrée par sa caste au devoir ancestral de soumission, Viramma, Paria villageoise, nous dit ici sa vie, ses craintes, ses aspirations. Avec son admirable vitalité, avec la langue crue et son talent de conteuse, sans misérabilisme, elle éclaire ce que sont l'enfance, la femme, le couple, le pouvoir des dominants, les passions des hommes, l'incertitude du lendemain. On entre avec elle dans la boue des rizières, mais aussi dans le monde des esprits et des dieux, des jeteurs de sort, des rèves de délivrance.
Dans ce que dit cette voix de l'ombre, résonne aussi le rire des asservis, parfois tragique, parfois de dérision, parfois amer, souvent franc, un rire que forgent la force de vivre et la grandeur des dominés, un rire qui transfigure le destin, sur la difficile voie de l'émancipation.
Confié et recueilli dans un total esprit de confiance, ce témoignage nous vaut ce texte rare, éclairant à la fois les profondeurs d'une Inde qui bouge et l'indestructible dignité qui anime les plus méprisés des exclus, à l'heure même où nombre d'entre eux aspirent en masse à une nouvelle reconnaissance sociale et à un nouveau pouvoir. Ce livre d'écoute est un hommage à ceux qui furent si longtemps privés de parole.
  • Fiche de lecture
Ce livre est à lire absolument pour qui veut découvrir ce qu’est l’intouchabilité vécue au quotidien. On y découvre la vie d’une femme paria (nom des intouchables que l'on nomme aussi « dalits » dans l’Inde actuelle) vivant dans un village où l’activité essentielle est naturellement l’agriculture (arachide, riz). Viramma raconte son enfance volée, mariée très jeune comme toutes ses camarades à un homme qu’elle n’a pas choisi. Si les débuts de sa vie de couple furent difficiles, elle s’y est fait, elle a découvert le plaisir et aimé son mari. Viramma n’hésite pas à nous parler de sexualité dans des termes très verts et de façon joyeuse.
Elle a eu douze enfants, dont neufs sont morts en bas âge. Elle est analphabète. Les parias vivent à l’écart des autres castes et du village principal.

On apprend beaucoup sur la religion et la vision du monde des plus humbles dans ce livre. Viramma décrit minutieusement le monde des esprits qui la terrorisent, celui des jeteurs de sort et des exorcistes, et sa religion qui la maintient dans une soumission totale à l’ordre du monde. Elle respecte sa condition, son « dharma ». Elle désapprouve son fils qui n’accepte plus cet ordre du monde et qui veut le changer. Si cette manière de vivre est bien ancrée dans l’hindouisme, on découvrira que le quotidien de sa dévotion est bien loin de celui que nous pouvons découvrir dans les livres diffusés en occident et qui décrivent en général la pratique religieuse des plus hautes castes. La religion de Viramma me semble très pragmatique.

Viramma se contente des petites améliorations apportées par la démocratie, mais elle est loin d’être dupe des manœuvres de clientélisme ou d’intimidation de nombreux politiciens locaux véreux.

De nombreuses anecdotes sont rapportées. Elles sont parfois terribles par la violence qu’elles mettent en lumière - les maîtres n’hésitant pas parfois à battre à mort les récalcitrants - elles sont parfois drôles.

Viramma rit, elle rit constamment, de tout.

Le mari de Viramma témoigne aussi durant quelques pages, il est plus critique que Viramma et quelques unes de ses phrases adressées à Josiane Racine (originaire d’une caste élevée) et à son mari occidental Jean-Luc, sont terribles, celle-ci par exemple :
- Vous, quand vous suez, c’est de l’eau. Nous c’est du sang ! (p.350)

On en parle sur Internet :